lundi 21 avril 2014

Voyage à Panama


Voyage à Panama : 1° journée 18 avril 2014.
L’idée de ce voyage à Panama est née de l’expatriation de mon cousin Yoann Chartron. Un jour que nous étions en mal d’inspiration pour nous accorder sur la destination de nos prochaines vacances, arrive un mail de Yoann nous annonçant son départ imminent pour Panama, où il partait rejoindre sa compagne Laurianne, qui venait d’accepter un job pour le groupe Total. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour aller lui rendre visite ? Harald et Philippe-Arnaud, voyageurs impénitents, ayant eux-mêmes réalisé une virée dans la région dont ils étaient revenus ravis, nous prenons un billet en soldant les miles Air France qui menaçaient d’expirer, et calons deux semaines de vacances dans les créneaux laissés vacants par nos calendriers professionnels respectifs.
Il se trouve que ces dates coïncident avec les vacances de Pâques, et que le vendredi 18 avril 2014, choisi pour nous départ, est le vendredi saint. Après un long voyage 9 h Paris Atlanta, puis 3,5 h Atlanta Panama, nous arrivons à Panama City vers 21 h, heure locale, après avoir quitté Roissy Charles de Gaule à 10h45. Le représentant de l’agence qui nous accueille à l’aéroport s’excuse que nous trouvions une ville un peu morte, bien que notre hôtel soit situé dans un quartier réputé pour sa vie nocturne. Mais c’est aujourd’hui jour de deuil. Nous avons pensé avoir raté une catastrophe qui serait survenue pendant le voyage. Mais non. C’est vendredi saint. Les bars ne servent pas d’alcool et les lieux de réjouissance habituels sont fermés jusqu’à minuit.
Nous prenons possession de la chambre au Manrey, un petit hôtel au design digne des meilleures adresses de la branchitude européenne. Quand on y regarde en détail, la qualité de la réalisation locale laisser poindre l’exotisme, mais surtout, nous découvrons que cette chambre tout à fait correcte au premier coup d’œil, est une cave. Pas de fenêtre. Un vague soupirail accroché sous le plafond, qui ne doit pas donner beaucoup de lumière au jour. Pas grave. Ce n’est que pour la nuit.
Malgré l’heure avancée (3 h du matin heure de Paris), nous décidons de sortir faire un petit tour, appareil photo en main, juste au cas où. Objectif : un distributeur de billets qui se trouve au bout de la rue d’après les indications du concierge. Nous trouvons en même temps l’ATM (distributeur) et la procession du vendredi saint. Ou plutôt un morceau, car un certain nombre de chars sont déjà passés. Apparemment, la procession d’organise un peu comme le carnaval de Rio. C’est un défilé des paroisses ou des groupes, chacun ayant organisé un char qui porte son saint son Jésus, ou sa madone, en grand appareil. Le char n’est pas motorisé. Il est poussé par un nombre de jeunes gens qui varie selon la taille. Il est escorté par la jeunesse de la communauté qui défile, qui a mis en scène un thème particulier. Défile ainsi un groupe de lépreux, vêtu de haillon et grimé pour figurer les plaies qui ont rongé les malades, plusieurs versions de soldats romains entourant le christ, dont l’une particulièrement populaire, avec des légionnaires en uniforme rouge qui tout à coup interrompent le défilé silencieux ordonné pour se mettre à invectiver le malheureux JC, qui vêtu d’une étrange violette satinée et affublé d’une barbe peinte reste placide sous les quolibets. La petite animation a du succès, et vaut au groupe les applaudissements approbateurs des spectateurs.
La procession défile en effet au milieu de la rue sous les regards d’une audience clairsemée qui a pris ses quartiers, confortablement assise sur des pliants ou dans les voitures stationnées le long de la rue. Nous avons passé une bonne heure à voir défiler le reste du cortège, clôturé par les autorités ecclésiastiques de la ville, l’évêque entouré de ses clercs et enfants de cœur, et suivi d’un des chars les plus populaires. Celui-ci n’est pas tiré par les escorteurs qui le font rouler, mais porté véritablement, à la manière sévillane, par les hommes forts qui ne ménagent pas leur peine. Le tout dans un nuage d’encens qui répandent abondamment tout autour quatre banbins qui s’en donnent à cœur joie de balancer l’encensoir.

Beaucoup de ces chars sont encadrés par des jeunes en uniformes, escortés d’une fanfare faisant sonner cors et tambours avec une ferveur plus égale que la justesse des musiques. Difficile de savoir pour nous s’il s’agit de différentes unités des forces armées panaméennes, ou des représentants d’écoles et universités locales. Peut-être un mélange des deux. En tous cas, c’était un vendredi saint dans une ambiance pittoresque et bon enfant, plus réjouissante que la veillée de Saint Eustache. Avec ça, coucher minuit heure locale, 7h du matin heure de Paris. Première journée de vacances bien remplie.







2° journée 19 avril 2014.


Le premier petit déjeuner Panaméen dans la mezzanine ultra design du bar lobby du Manrey ne nous a pas donné l’idée d’un pays très expérimenté en matière touristique. Service gentil sans plus et un peu empoté. Rien de spécial à en dire.

Nous avions eu un message spécial de l’agence pour nous signaler que la voiture de location serait livrée à 9h30 et non 10 h comme initialement prévu. Evidemment, personne à l’heure convenue. La voiture arrive à 9h45. Le livreur ne parle pas un mot d’anglais. Nous découvrirons à notre grande surprise que l’anglais est très peu répandu ici. On aurait imaginé que l’influence des Etat Unis en aurait rendu la pratique plus courante. Comme l’espagnol de Jan a beaucoup souffert depuis que l’apprentissage du Portugais du Brésil est venu semer la confusion, j’ai dû m’immiscer dans la tentative de test du GPS, en option, que finalement personne n’est arrivé à faire fonctionner. Adieu l’option, et retour à la bonne vieille carte routière d’avant l’électronique.



La première étape doit nous emmener vers le Nord, à Portobelo, dans la province de Colon. Malgré les avis contraires du guide qui nous a accueillis hier soir, nous décidons de faire le détour par les Ecluses de Gatún, au Sud-Ouest de Colon, qui assurent la sortie du canal sur l’Atlantique. Le canal de Panama, qui fête son centenaire en 2014, est en effet un très vaste complexe composé de deux systèmes d’écluses reliés entre elles par le lac Gatún, un lac artificiel intérieur qui assure leur fonctionnement. Au Nord, les écluses de Gatún assurent le passage du lac à l’Atlantique. Au Sud, les écluses de Pedro Miguel et de Miraflores assurent le passage vers le pacifique. Des deux côtés, elles se remplissent avec l’eau du lac et se vident dans l’Océan. La signalisation routière n’étant pas le fort du Panama, nous arrivons quand même vers 12 h au mirador qui permet aux visiteurs d’observer le passage des bateaux, et aux équipages d’observer les visiteurs qui les observent, à grand renfort de photographies réciproques.





C’est le début de l’inversion. Les écluses disposent de deux voies parallèles, mais les bateaux ne s’y croisent pas. Elles sont toujours utilisées simultanément à sens unique : le matin, les bateaux vont de l’Atlantique vers le lac, puis le sens s’inverse vers midi, et nous arrivons au moment où le premier bateau est au milieu du processus de transfert. Il doit passer par trois niveaux successifs, pour couvrir la dénivelée de 27 m entre le lac et le niveau de la mer. Chaque niveau est équipé de portes auxiliaires permettant de diviser les chambres en 2 pour le passage des plus petits bateaux. La taille de chaque chambre, de 320 m x 35 m, permet de recevoir des bateaux de 292 m de long et 32 m de large, le standard dit panamax. Les bateaux sont guidés par des « mules », locomotives électriques de 50 tonnes, qui stabilisent le bateau par des câbles et le guident tout au long de son parcours dans le canal.  Cela ne suffit plus. Un chantier est en cours pour l’ouverture de jeux d’écluses dont les chambres permettront le passage de bateaux de 49 m x 366 m et 15 m de tirant d’eau.  

Puis déjeuner rapide, la qualité culinaire ne méritait pas que l’on s’attarde, dans le restaurant d’un yacht club installé dans un ancienne base américaine en ruine qui servait autrefois à l’entraînement des marines pour les combats de jungle. C’est sur la route du fort San Lorenzo, souvenir des espagnols classé au patrimoine mondial de l’Unesco, qui veille sur la baie de colon.

Puis direction Portobelo. Une soixantaine de kilomètres seulement, mais une bonne heure de voiture. La baie de Portobelo est très belle, assez sauvage, mais Portobelo, qui fut pendant 150 ans le port principal des échanges entre l’Amérique latine et l’Espagne, est aujourd’hui une bourgade assez délabrée qui conserve les restes du fort Sans Fernando qui assurait la défense de la ville. Ici impossible de trouver la moindre indication pour rejoindre notre hôtel, pourtant le meilleur de notre séjour. Après avoir fait trois fois le tour du village, et demandé deux fois notre chemin en vain, nous finissons par appeler l’hôtel. La réception raccroche deux fois au nez de Jan, et lorsque la troisième fois, elle prend la communication, la réceptionniste ne parle pas anglais ! La conversation me revient donc. On ne trouve d’abord pas notre réservation, puis quand même, et on nous conseille de nous rendre sur la place de l’église où le « chico » viendra nous chercher. Le chico arrive au bout d’une demi-heure, nous fait garer la voiture dans le fond de cour d’une impasse, et nous emmène vers un embarcadère où nous attend un canot. L’hôtel El otro lado, comme son nom l’indique, est sur l’autre rive, à laquelle on ne peut accéder par la terre.

Comité d’accueil par un staff prévenant mais un tantinet emprunté, qui nous conduit à notre charmant bungalow.


Là débarque un sexagénaire au look pas très local, avec un perroquet perché sur l’épaule, qui s’enquiert de l’incident. C’est le patron de l’endroit. Leçon de morale : l’hôtel appartient à une fondation sans but lucratif (ce qui ne l’empêche pas de pratiquer les tarifs des établissements capitalistes), qui se consacre à la lutte contre la pauvreté et pour l’éducation dans la région. Il ne faut pas rudoyer le personnel qui fait ce qu’il peut. Il envoie à chaque client trois courriers pour expliquer la philosophie du lieu et le protocole d’accès, car l’endroit est évidemment introuvable. Nous aurions du téléphoner pour annoncer notre arrivée au niveau de deux localités qui sont sur le chemin pour organise le comité d’accueil. Mais évidemment  l’agence n’a jamais transmis les courriers au client final.


Une fois terminé le sermon, notre homme pour montrer sa bonne volonté, appelle sur son propre téléphone le patron du centre de plongée du coin et nous organise le rendez-vous pour notre première plongée du lendemain matin.

3° journée 20 avril 2014.
9h30, nous apercevons de la terrasse de notre « cabana » qui donne sur la baie, le canot de Scubaportobello qui vient nous chercher. Il y a foule a bord : René senior, le fondateur, rené junior, le fils qui prend la relève, et deux jeunes femmes, qui sont apparemment du voyage pour le plaisir de voir l’hôtel qui est manifestement une curiosité locale.
René Junior est très fier de nous expliquer qu’ils sont un gros entrepreneur local. Ils ont quatre bateaux ici, et un autre centre sur la côte pacifique, ce qui leur permet d’organiser des tours spéciaux avec des plongeurs qui plongent dans les deux océans dans la même journée. Départ de Panama, première plongée dans le Pacifique, puis transfert en voiture de Panama à Portobelo, et retour le soir à Panama. Journée de dingue, mais il paraît que les brésiliens en raffolent.  
L’état du centre ne reflète pas la prospérité du business. Les bateaux sont des barques rudimentaires, et le centre est une maison jaune comme on en voit ici, sympathique, mais plutôt style routard que grand tourisme international. Nous n’avons pas une très grande expérience de la plongée, mais ce sont les installations les plus délabrées que nous avons vues jusqu’à présent. Le tout étant un centre Padi, il est forcément soumis au contrôle de l’organisation, mais les procédures sont expéditives. Le contrôle du binôme sera pour une autre fois. En contrepartie, nous n’avons rien à faire, le staff local s’occupe de tout. Le maître de plongée est bilingue, sur le papier, mais son anglais est bien plus rudimentaire que le mien. Bon, de toute façon, sous l’eau, la conversation est limitée.
Première plongée de remise en train. Pas grand intérêt sur le site de la Huerta, visibilité moyenne, mais le but est atteint : réapprentissage après deux ans sans pratique.
Pour occuper intelligemment la fin de journée, nous décidons d’aller faire l’exploration en pirogue de l’une des rivières qui se jette dans la baie, que nous propose l’hôtel. Jan qui est le grand organisateur attitré de nos voyages part au bureau pour organiser l’affaire. Il revient avec la promenade sur le Pharaona. Il y avait deux façons de remonter la rivière : seuls en pirogue ou kayat, ou sur le Pharaona, une barque à fond plat de l’hôtel, équipée de deux fauteuils majestueux disposés sous un dai, devant une table basse décorée de bougies, pilotée par un employé de l’hôtel, qui sert une dégustation de ceviche arrosée de champagne pendant l’exploration. C’est un peu la promenade romantique au coucher de soleil du jeune couple en voyage de  noces, plutôt que le remake de Christophe Colomb quittant la caravelle pour explorer la rivière, mais allez savoir pourquoi, c’est avec cette réservation que Jan est revenu. Pourtant, c’est le vieux patron qui parle anglais qui le lui a vendu.


Bon la promenade était quand même très agréable, le capitaine serveur très attentionné, et même si la musique d’ambiance genre crooner avait un côté inutilement kitch, la météo nous a évité le pire, car le coucher de soleil rougeoyant sur la rivière sauvage a laissé la place au ciel plombé de nuages lourds qui  nous accompagne depuis notre arrivée. Et ils ont sagement attendu notre retour dans les bâtiments de l’hôtel pour déverser une modeste pluie tropicale. Il paraît que l’année est particulièrement sèche, au point de poser un problème d’eau. Cela ne se voit pas pour le non initié, mais il vrai que le canal en consomme beaucoup.



4° journée 21 avril 2014.
Aujourd’hui, plongée intensive. Deux plongées au programme. Départ direct de l’hôtel sans passer par le centre. Les formalités ayant été faites hier, ils viennent directement nous chercher avec le matériel. Nouveau Dive Master. Raphaël. La mer étant un peu plus agitée qu’hier, la mise à l’eau est un peu problématique. Surtout, le temps de préparation dans la coque de noix qui balance est suffisant pour commencer à prendre mal au cœur. Vivement sous l’eau.
Là, Raphaël a fait tranquillement sa petite promenade, sans s’occuper beaucoup de nous. Quand je me suis rendu compte que Jan survolait à quelques mètres au-dessus de nous, j’ai dû le tirer par la palme pour qu’il aille s’en occuper. La méthode fut assez peu orthodoxe : après l’avoir fait redescendre il l’a attrapé par le détendeur de secours, et l’a tenu en laisse pour le reste de la plongée. Il manquait manifestement du lest, qui sera rajouté pour la deuxième plongée. Pour le reste, les fonds dans le spot de Buenaventura étaient plus intéressants que la veille, et la plongée assez agréable.
Après la remontée, cap sur Huerta, mais dans un coin différent de celui d’hier. Exploration d’un mur sous-marin formé à l’occasion de  travaux d’extraction de pierres sur le bord de la côte pour alimenter un chantier voisin. Là encore, sur une mer pourtant d’huile, l’attente du temps réglementaire avant d’entamer la seconde plongée m’est assez pénible. Nous verrons ce qui nous attend à l’ile de Coïba, la réserve naturelle sur le Pacifique, seule plongée que nous avons réservée à l’avance, mais dont les conditions sont paraît-il sportives à cause d’une mer régulièrement assez agitée en surface. Et là est prévue la journée complète sur le bateau avec trois plongées successives !
Au programme de l’après-midi, visite du Portobelo historique, qui fait partie de l’offre d’animations de l’hôtel. C’est Luigi –il s’appelle Luis, mais on dit Luigi-, notre serveur du petit déjeuner, natif de Portobelo, qui est désigné pour faire le guide. Il rentre à la maison à la fin de sa journée de travail et nous fait faire le tour des principales curiosités sur le chemin. D’abord, l’atelier d’art de la fondation Bahya Portobelo, qui gère notre hôtel. La fondation possède également un restaurant à terre, avec quelques chambres d’hôtel, et deux écoles de musique. Elle joue manifestement un rôle important dans le village.






Puis visite de la douane royale, grand entrepôt du 17 ° siècle, assez décrépi, mais qui témoigne de la splendeur passée de la ville. Le fort San Lorenzo, juste à côté, encore doté de ses canons d’époque, l’un des trois forts qui protégeaient l’endroit et en faisaient une citadelle imprenable…par la mer. Mais c’est en menant une attaque par la terre que le pirate Morgan, d’après Luigi, aura raison de la ville. 


Moment émouvant lorsque Luigi, qui est tout noir, nous montre le trou qui surplombe le souterrain dans lequel on stockait les esclaves en transit, et par lequel on leur jetait la nourriture. L’intérieur des fortifications est aujourd’hui couvert d’une herbe drue et bien verte et sert de terrain de foot aux villageois, dont nous essayons de ne pas troubler le jeu pendant la visite. Point notable. Pour jouer, tous en pris soin d’enlever leurs chaussures.






La visite se termine par un petit tour à l’église San Felipe qui abrite le christ noir de Portobelo, statue célèbre d’un Christ faiseur de miracles dont la fête, le 21octobre, est l’occasion d’une procession qui dure de 20 h à une heure du matin pour faire le tour de tout le village, au rythme de trois pas en avant, deux en arrière, et qui attire les foules de tout le Panama.

Nous rentrons sanctifiés finir la journée dans notre refuge d’El otro lado.
5° journée 22 avril 2014.
Le séjour à Portobelo est fini. Nous quittons la bourgade pour  Gamboa et son Rain Forest Resort, situé dans le parc national Chagres, du nom du fleuve qui alimente le lac Gatún,  l’élément central du canal. Rapide visite à la sortie de Portobelo au 3° fort de la ville, la Bateria de Santiago, qui fait face au fort San Fernando, mitoyen de notre hôtel, avec lequel il fermait la baie, tandis que le fort San Jeronimo, vers la douane royale, en protégeait le fond. Une petite escalade sur le poste d’observation du fort qui permet une vue panoramique sur la baie, et adios Portobelo.




Le soleil fait son apparition sur la route. Il fait étinceler les bus multicolores peints artistiquement par leurs conducteurs que les locaux, d’après Luigi, appellent « los diablos rojos ». 









 Il fait aussi fleurir les parapluies avec lesquels les dames, comme au Vietnam, s’abrient de son ardeur. Sauf que je doute que le but soit ici de préserver la blancheur de leur peau noire ou café au lait.


Pas de surprise à l’arrivée au Gamboa Rain Forest. Site magnifique, en surplomb du fleuve Chagres, et grande usine à touristes, au charme totalement absent, qui avait tous les points communs que l’on pouvait craindre avec l’Amphora Beach resort que nous avions fui aussitôt arrivés l’année dernière sur l’ile de Hvar, en plus vétuste. Mais nous ne sommes là qu’une nuit, et il n’y a pas d’alternative dans le coin. Donc nous nous accommoderons de ce qui est d’ailleurs décrit par quelques accrocs comme un paradis sur terre. Comme quoi les goûts et les couleurs… 



Pour échapper à l’atmosphère un peu sinistre du lieu, après avoir profité du buffet (au moins, on voit ce qu’on mange et on n’attend pas des heures que le service se décide) expédié depuis la terrasse de la salle à manger, nous choisissons de prendre les bicyclettes mises gracieusement à notre disposition, pour explorer le coin. 
Nous partons sous l'oeil morne du vautour à tête noire partout présent ici, et prenons le chemin signalé sur le petit plan remis par le concierge de l’hôtel, et qui devrait conduire vers diverses curiosités. Le long du chemin bordé de fleurs, nous trouvons d’abord une pépinière d’orchidées. Pas un chat, mais c’est ouvert et nous entrons faire la visite. Le long du chemin, ensuite, de charmantes baraques forment une petite ville fantôme. Pas âme qui vive.


Une ferme aux papillons aussi déserte que le reste est également ouverte. Nous y faisons une incursion où nous pouvons observer de très beaux spécimens locaux. 
Les autres pavillons, l’aquarium aux crocodiles, la serpenterie, sont fermés. Nous remontons vers l’hôtel en traversant la zone de jeux pour les enfants. Immense, et déserte elle aussi. Cela n’a pas l’air d’être la haute saison par ici.




Nous laissons les vélos pour aller nous rafraîchir dans la piscine. A l’image du reste, grande et décrépie. Mais pas plus peuplée. Cela fait deux différences avec l’Amphora de Hvar. Lui avait été plus récemment rénové, et il était bondé. Nous en profitons pour prendre un bain de nuages après la trempette dans l’eau. Car le ciel est à nouveau bien plombé.



Dîner : annulation de la réservation au restaurant « gastronomique ». Personne dans la salle. Ambiance sinistre. La soirée asiatique n’est guère mieux. Le buffet, encore une fois, mais l’offre culinaire n’invite pas à profiter de l’offre à volonté.

5° journée mercredi  23 avril 2014.

Au programme aujourd’hui, à 8h30, visite en bateau sur le lac Gatun, pour y voir les singes qui occupent les iles que forment aujourd’hui les sommets des vallées englouties lors de la création du lac, puis départ pour El Valle de Anton, la prochaine étape.

Départ des rives du Rio Chagres, dont le niveau est exceptionnellement bas nous dit notre guide. Nous pénétrons dans le lac en passant sous le pont brinquebalant  à circulation alternée que nous avions franchi pour rejoindre le Rain Forest, et qui marque la limite du lac-canal. A gauche, la partie la plus étroite qui mène vers les écluses de Pedro Miguel et Miraflorès en direction du pacifique, et devant, dans le prolongement du fleuve, le lac qui se termine par les écluses de Gatun. Très loin devant. Le canal fait 80 km de long.

Première bonne nouvelle de la journée, l’hôtel semble avoir repris vie. La salle du petit déjeuner grouille de monde. Foule hétéroclite qui mélange des retraités américains, un groupe de noirs qui vient peut-être des caraïbes françaises : ils parlent un patois dont émergent de temps à autres quelques mots de français, des latinos… Et pour la première fois, l’impression que nous ne sommes pas totalement dans un univers néocolonial. Jusqu’ici, les blancs que nous avons croisés étaient en général aux commandes ou clients. Là, il y a autant de gens de couleur dans les clients que dans le service, et aussi beaucoup de cadres noirs ou amérindiens.


La promenade sur le lac permet de prendre la vraie dimension de cet ouvrage dément qu’est le canal de Panama. C’est immense. On y voit alternativement des iles recouvertes de végétation tropicale qui pourraient faire croire que nous sommes sur un lac naturel, et des installations diverses qui nous rappellent que tout est complètement artificiel.
Enormes dragues qui veillent à la profondeur des eaux, la grue allemande achetée pour un dollar symbolique après-guerre mais dont le transport a coûté une fortune et qui signale un chantier naval sur la rive du lac, des installations de dynamitage sous-marin… 







Même les singes ne sont semble-t-il pas arrivés tout seuls.
Ceux que nous avons vus ont été importés par couples, sur quelques iles, pour donner à voir aux touristes. Eux étaient prévus au programme, mais pas les bébés crocodiles, qui se trouvaient là en quantité. Mais peu survivent. Ils doivent lutter contre de nombreux prédateurs.







Totalement absents au début de la visite, les cargos ont fini par faire leur apparition.
40 par jour en moyenne empruntent le canal. Coût du passage, entre 150 000 et 300 000 $ selon la taille. Mais l’alternative est de contourner le continent par le cap Horn. Plus inattendu, deux voiliers de plaisance qui font également la traversée.  Et à la fin du périple un monstre marin, sorte de tank flottant, consacré nous dit-on au transport de voitures.



Après quelques tâtonnements dus à une signalisation routière minimaliste, nous finissons par trouver la route du Sud-Ouest en direction d’El Valle de Anton, dans la province de Colcé. Traversée du canal sur le superbe pont dit du Centenaire, inauguré en 2003, et la grande route à double voie, qui ressemble à une autoroute, la Panaméricana, qui traverse de vastes plaines sans grand intérêt. Les localités se ressemblent. Limitation de vitesse à l’approche, de grandes passerelles permettant aux piétons de traverser, une série de commerces, stations-services, supermarchés, ateliers de mécaniques bordant les voies, arrêts de bus, et c’est reparti jusqu’à la suivante. Nous en profitons pour faire une halte dans un grand centre commercial dans la zone de Arraijan, manifestement neuf, mais pas encore entièrement occupé. Nous cherchons des lames de rasoir pour Jan, et des pilules anti mal de mer pour moi, que le rayon pharmacie de El Fuerte, le carrefour local, nous vend à l’unité.  Nous quittons la route à las Uvas pour commencer la monté dans la montagne. Changement de décor. La température s’abaisse progressivement, on passe de 35° à 25°. Ce n’est pas de la haute montagne, mais un paysage qui pourrait évoquer une sorte de Lubéron tropical. La région est manifestement riche. De superbes propriétés, relativement à ce que nous avons pu voir jusque-là, se distinguent de la route. L’arrivée dans El Valle confirme cette impression de relative opulence. Le village est soigné, les maisons y sont grandes et bien entretenues. Le village s’étend dans le cratère d’un ancien volcan. Il a un air de station de villégiature, et l’est effectivement, pour les habitants de Penonome, la capitale de la région de Coclé, qui l’envahissent le weekend pour profiter de son climat tempéré. 

Après les errements d’usage, malgré une signalisation touristique bien supérieure à la moyenne,  nous finissons par trouver notre hôtel, los Mandarinos, qui nous offre un upgrade. Notre réservation prévoyait une chambre standard à un lit, mais cela les ennuie manifestement de loger deux messieurs dans un seul lit. L’hôtel a du charme. Ses deux piscines ont des allures de bassins ornant un patio intérieur. La piscine chauffée a le plus de succès chez les locaux. Mais elle a la température d’un bain chaud et nous lui préférons la « froide » dont l’eau doit être à 25 °.

Promenade en ville à pied après la détente. Nous assistons à la sortie de l’école, que tous les charmants bambins quittent en formant une longue file blanche, car l’uniforme est de rigueur chez les enfants des écoles.
Nous arrivons pour la fermeture du marché artisanal qui est un « à ne pas manquer » du lieu, mais ne vaut pas à lui seul le détour.  Même s’il ne fait ici que 25 à 29 °, la marche nous a donné chaud, et Jan s’inquiète d’un bistrot ou trouver une bière. 


Difficile. Le tenancier d’un restaurant qui veille sur son établissement dont le rideau est baissé évoque un bouge, dangereux, où il nous recommande de ne pas aller. Mais la nécessité faisant loi, nous allons quand même devant l’établissement peinturluré de rouge portant en blanc la marque de Balboa, et dont l’entrée, au fond d’une ruelle est fermée par un paravant sur lequel figure l’inscription interdit aux mineurs. Je crains le pire et suggère de rebrousser chemin. Mais Jan courageusement  poursuit et entre dans le bouge. 
Ce n’étais pas un bordel, comme je l’ai cru un instant, mais un vaste hangar sinistre. Un bar, avec une dizaine de locaux accoués au comptoir, quelques machines à sous dans un coin, quelques  tables en métal au centre. Bref, un lieu de perdition en ce qu’il débite des Balboas, marque de bière locale, ce qui est sans doute très mal vu dans ce pays très catholique. Mais la vertu est quand même préservée : dans ce hangar ouvert aux quatres vents, il est, comme partout ici, interdit de fumer.




Pour finir dignement la soirée nous décidons de dîner dans le restaurant gastronomique d’El Valle, mitoyen de notre hôtel : la Casa de Lourdes. Style d’hacienda espagnole, hall meublé de fauteuils Louis XIII revêtus de velours écarlate, et d’un piano à queue recouvert d’un poncho rouge. La tenancière a un look qui rappelle Jeanne Moreau, version latino, les bras couverts de bijoux locaux et qui sirote un verre de rouge entre deux services. Peu de clients. Bonne bouffe. Musique d’ambiance vielles chansons françaises. Seule déception : quand je lui demande si le nom du restaurant à un rapport avec notre Lourdes des Pyrénées, la réponse est non. Es el nombre de la duena. Le nom de la patronne.

6° journée jeudi  24 avril 2014.

Il est prévu ce matin de quitter El Valle pour rejoindre Santa Catalina sur la côte pacifique. C’est de là que nous devons partir pour une journée de plongée intensive (3 plongées dans la journée) dans le parc national de l’ile de Coïba, réputé pour être un des meilleurs spots de plongée d’Amérique centrale. La spécialité du site : les gros poissons. Requins, baleines en saison, raies…Vu de Paris, il fallait faire le détour. Malgré une petite réserve. Le site est signalé pour plongeurs expérimentés, ce que nous n’avons pas la prétention d’être. La petite réserve s’est transformée en inquiétude certaine après les commentaires du René Junior de Portobelo. Il avait fait une mine dubitative en entendant notre projet d’aller plonger à Coïba, nous mettant en garde sur les conditions très difficiles, surtout en surface, lors de la mise à l’eau et de la remontée sur le bateau à cause d’une mer beaucoup plus agitée qu’à Portobelo où il faut dire que les conditions étaient exceptionnellement facile : mer d’huile et tellement chaude que la plongée se fait sans combinaison. La résolution est donc d’évaluer les conditions météorologiques et de se laisser la possibilité de remplacer la journée de plongée héroïque par une journée de plage.

Mais pour l’instant, il s’agit de compléter notre visite d’El Valle avant de quitter l’endroit. La randonnée sur la India Dormida est trop longue, et compromise par le temps, car l’indienne est noyée dans les nuages et inondée par la pluie. La montagne d’après la légende, garde le souvenir de Flor de Aire, la fille du chef indien Urraca tombée amoureuse d’un conquistador, dont le promis se suicida devant la communauté, provoquant le remord de Flor de Aire qui alla cacher sa honte dans la montagne où elle s’endormit en prenant corps avec elle. Les sources thermales auraient été une autre possibilité. Mais masque de boue et bain dans l’eau thermale de grand matin ne nous a pas inspiré. De toute façon, le centre thermal était en plein chantier et nous ne savons pas s’il aurait été ouvert.

Option donc pour les cascades de Chorro las Mozas. Encore une légende, chrétienne cette fois. Les cascades représentent trois jeunes jeunes filles désobéissantes qui sont allées se baigner dans le torrent un vendredi saint, et y sont restées pétrifiées sous forme de cascades. Ce ne sont pas les chutes du Niagara, mais c’était bien une courte et agréable promenade le long du torrent avant de reprendre la route.
 



Retour sur la Panamericana pour le long périple de 250 km qui doit nous conduire à Santa Catalina. Notre progression est stoppée à Penonome par un incident sans doute lié à la campagne électorale qui bat son plein pendant notre séjour. Un petit groupe bon enfant a envahi la route et bloque le trafic. Ils ne sont pas très nombreux, les dames à l’abri de leur parapluie (contre le soleil), brandissent quelques banderoles d’associations d’éducateurs et jouent de la musique. 


Pas un coup de klaxon, mais les automobilistes impatientés enjambent placidement le parapet central pour s’échapper par une rue latérale. Les camions ne peuvent malheureusement pas faire le même exercice. Une voiture de police arrive. Le chef contemple le spectacle, s’accroche à son téléphone portable. Jan finit par se résoudre à tenter l’échappatoire par la rue latérale au prix d’une laborieuse marche arrière car il ne veut pas monter sur le terre-plein central. Mais juste avant  de nous égarer dans la ville, nous voyons les trouble-fête former un petit cortège pour dégager la route en musique. Nous profitons de la pause forcée pour faire le plein et casser la croute avec un pollo panado à côté de la patrouille de police qui refait ses forces après l’effort.  
Nous quittons la Panamérican à partir de Santiago et nous découvrons un tout nouveau décor. C’est maintenant la province de Veraguas très vallonnée, presque montagneuse, et qui offre l’aspect d’un bocage verdoyant où l’on se consacre manifestement beaucoup à l’élevage. Les vaches y sont assez différentes des nôtres. Elles sont la plupart du temps blanches, elles ont de longues oreilles tombant vers le bas, une bosse sur les épaules et un large jabot qui descend de la base de la tête au poitrail. 

Elles sont étonnamment maigres, tant la pâture est abondante, comme les chevaux d’ailleurs qui sont plutôt de petit format. 
Cette campagne pourrait ressembler à certains coins de notre Normandie, sauf qu’il fait 32 ° et que la végétation est bien tropicale. Pas d’étables visibles, mais ça et là des installations de plein air qui pourraient servir à organiser la traite. Les habitations sont modestes, et nous remarquons que la plupart d’entre elles n’ont pas de fenêtres. Les ouvertures qui en tiennent lieu sont occultées par des sortes de moucharabiés en béton.

La promenade est agréable, mais bien longue. La route est bonne mais sinueuse et il est difficile d’y rouler beaucoup plus vite qu’à 60 km/h. Erreur d’aiguillage à Sona. Dans ces montagnes russes verdoyantes on ne voit la mer nulle part alors que l’on censé d’approcher d’un Pacifique que l’on se désespère d’atteindre. Puis soudain, sans y prendre gare, nous voici arrivé dans Santa Catalina. La route se borde tout à coup de quelques maisons, puis l’atmosphère devient un peu néo babacool. Les panneaux des « boutiques » de surf ou de pongée rappellent que nous ne sommes plus dans une campagne ordinaire. 
Notre point de chute, « La buena Vida », se signale vers l’entrée du village avec une grande enseigne en grosse mosaïque colorée. Il est 17h. La rue est animée et on distingue une présence massive de touristes occidentaux, pour autant que l’on puisse parler de masse étant donné le peu de monde qui peuple l’endroit.

Santa Catalina ne ressemble à rien de ce que nous avons vu jusqu’à présent. Il y a incontestablement une vague allure de station balnéaire. Notre hôtel, le Scuba Coïba, sont tenus par des occidentaux. Mais c’est tellement le bout du monde, tellement intégré à cette campagne hors du temps, tellement exclusivement dédié au surf et à la pongée avec la clientèle cosmopolite qui va avec, que l’on ne sait pas vraiment où l’on est. S’il y avait un plus grand développement, ce serait une station branchouille. S’il y en avait moins,  un village de paysans.

Compte tenu de l’heure tardive, nous allons directement chez scuba Coïba, chez qui sont réservées nos trois plongées du lendemain, pour sonder le terrain. Nous sommes reçus par un quinquagénaire de nationalité indéterminée, qui parle anglais et allemand. Il nous identifie parfaitement. Nous étions attendus. Il nous présente à Nick, un autrichien de Vienne, instructeur et photographe qui accompagne le groupe pour vendre les photos de la plongée, qui appelle Cedric. Il est français, sera notre dive master demain dans un groupe de 5 personnes au total. Nous faisons part de nos appréhensions qu’il calme méthodiquement. La difficulté de l’endroit, ce sont les courants. Il adapte le plan de plongée en fonction du niveau de son groupe et des conditions du jour, et il y a tellement de spots qu’il y a toujours une plongée intéressante à faire dans des conditions convenables. Nous voilà rassurés. Rendez-vous le lendemain à 7h45.
 
Nous regagnons la Buena Vida. Déserte. Mais un mot sur la grille de  la salle à  tout faire, signé Elena, nous précise que nous sommes dans la maison verte dont la clef est sur la porte. Nous trouvons sans difficulté la cabane verte. Terrasse au rez-de chaussée, entrée, wc et douche à l’intérieur où une colonie de petites fourmis règne en maître. Un raide escalier de béton peint en bleu mène au premier où se trouvent deux grands lits dans une pièce obscure aux fenêtres étroites. Un climatiseur et deux ventilateurs coloniaux en état de marche, une petite table et une penderie complètent le décor.

Nous tentons sans succès d’appeler Elena sur le numéro qu’elle a laissé : il faut commander un casse-croûte à emporter pour la journée de plongée. Mais la voilà qui débarque. Une jeune minette pimpante, plus américaine que Panaméenne, tout à fait le look fille à surfeurs. La commande est passée, la présentation de Santa Catalina avec les 4 ou 5 restaurants fréquentables est faite, et Elena part dîner avec le groupe de trois surfeurs réunionnais qui occupent la cabane jaune voisine de la nôtre.

Nous allons au restaurant de la plage, qui est une paillotte plutôt qu’un restaurant, qui sert des plats uniques de poisson ou de pâtes. Mais c’est très correct, et suffisant pour achever une journée bien remplie.

7° journée vendredi  25 avril 2014

Petit déjeuner frugal et bien plus long que prévu sur les tables de mosaïque bleue de la Buena vida, qui nous met presque en retard pour notre rendez-vous matinal. Notre groupe est très franco-allemand : nous sommes finalement 7 dont 6 plongeurs. 4 allemands, 3 français, plus Cedric et Nick. Le capitaine du canot, un assistant et son fils, sont des locaux.




Le bateau ressemble à celui de Portobelo, sauf qu’il n’est pas du tout équipé pour la plongée (emplacement pour les bouteilles) et que nous y sommes relativement entassés pour le trajet qui devrait durer presque une heure jusqu’à Coïba. 







Pas de photos car l’appareil n’est pas du voyage, mais la côte sauvage que nous longeons était très belle. Et première très bonne nouvelle de la journée, la mer d’un calme inattendu, en tous cas pour nous. Ce qui n’empêche pas le capitaine et les instructeurs de renoncer au premier site pour cause de courant trop intense. Il faut le coup d’œil, car nous n’aurions en ce qui nous concerne rien remarqué.


La première plongée se passe sans problème. Un peu déceptive pour nous car les tortues, et les requins que nous signale Cédric ont disparu avant que nous ayons eu le temps de les voir. Elle est l’occasion de nous habituer à plonger avec un courant dont on nous affirme qu’il est peu violent, mais quand même troublant quand on n’a pas l’habitude. La deuxième plongée est plus riche. Nous voyons bien cette fois deux ou trois gentils requins à pointe blanche, dont le haut de l’aileron supérieur est blanc. Un poulpe, et quantité de poissons.

La pause déjeuner a lieu sur l’ile de Coïba. Park national, l’ile ne possède pratiquement aucune infrastructure touristique. Sur la plage où nous débarquons, quelques baraques abritent les gardiens du park, les visiteurs pour leur piquenique, comme nous, et ceux qui séjournent une ou quelques nuits dans des dortoirs, comme les autres plongeurs du groupe qui font un circuit de 3 jours avec séjour sur l’ile. Jan a choisi Coïba pour mettre un peu d’ambiance. D’abord, il empoigne résolument les tubulures qui soutiennent l’auvent du canot auxquelles il a été recommandé de ne pas s’appuyer, pour sécuriser son débarquement. Opération réussie, sauf pour l’auvent dont la sangle qui le maintient au bateau s’arrache sous l’effort. Remarque de Cédric, mais le capitaine rit de bon cœur. 




Puis au départ pour la troisième plongée, pour gagner du temps en s’équipant avant d’arriver au spot, voilà qu’il trempe son masque dans l’eau à pleine vitesse, et que le masque reste dans la mer. Demi-tour, et plongée en apnée de Nick et Andrew, notre instructeur qui remplace Cédric resté avec le groupe qui dort sur l’ile pour récupérer le masque. C’est Nick qui le remonte après une deuxième tentative. Cela valait la peine, car la troisième plongée nous apportera le must du jour. La rencontre avec une maman requin enceinte qui se repose sur un fond sableux. 
Pour les photos de la plongée, il faudra attendre. Nous les avons bien achetées à Nick, mais il a livré un CD avec quelques photos d’un hippocampe et a oublié de transférer le reste. On attend l’envoi par internet, quand il sera rentré de la tournée qu’il accompagne.

Pour finir la journée en beauté, merveilleux coucher de soleil qui baigne tout le village d’une lueur rouge orangée. Puis dîner dans le meilleur restaurant de fruits de mer de l’endroit : une autre paillotte à deux pas de la plage des surfeurs. Le service est assuré par un jeune américain du Vénézuela aux allures de jeune homme de bonne famille qui est là depuis un mois.  : surf la journée, service le soir, coucher sous la tente dans le jardin de la paillotte, car c’est dur de trouver un logement ici. Mais tant que je peux surfer…




8° journée samedi  26 avril 2014.
Nous levons le camp aujourd’hui pour Boquete, dans la province de Chiriqui, un peu plus à l’Ouest. 300 km, dont beaucoup de petites routes. Mais nous ne voulons pas quitter Santa Catalina sans voir le spot de surf si célèbre, et nous organisons notre matinée pour être au Paradis des surfeurs, le point d’observation du spot, à partir de 10 h, heure à laquelle la vague devrait être au travail.
Le paradis des surfeurs est au bout d’un chemin cahoteux, ce que l’on pouvait attendre qu’il soit. 











Une salle commune consistant en un toit sous lequel un coin est réservé aux planches, le centre à des tables, le front de mer à des hamacs. 










Une plateforme en bois agrémentée d’un banc sert d’observatoire du spot. L’hôtel, si l’on peut utiliser ce terme, est complété par un bâtiment qui offre des chambres rudimentaires et un dortoir. Le tout est sur un promontoire qui domine la mer et la vague, qui est la plus belle vague de surf que nous ayons vu jusqu’à présent. 
Beaucoup plus impressionnant que Malibu. C’est très loin, mais on voit bien la vague, et distinctement les points que forment les surfeurs dans l’eau. Un homme aux cheveux blancs est assis sur la plateforme devant un appareil photo doté d’un monstrueux téléobjectif. Nous commandons un Coca à un local qui se demande apparemment ce que nous faisons là et j’installe mon appareil. Nous levons le camp vers 11h. 





On verra ce qu’aura donné le mitraillage photographique.











Nous reprenons la route de Sona par où il faut repasser avant de longer la côte puis de remonter en direction de Boquete. La  route est superbe, montagneuse, et nous voyons apparaître un certain nombre d’indiens à cheval, équipés de lassos, à la façon de gauchos argentins. Nous assistons même au détour d’un virage, à une séance de rodéo. Trois cavaliers sont en train de s’acharner sur une pauvre génisse à terre, entravée par un lasso, sous l’œil placide du reste du troupeau qui assiste à la scène. 


Mais la route est encore très longue, et nous avons laissé passer imprudemment un village vers 12h30, sans plus trouver la moindre auberge sur la route. Alors que le voyage avait commencé sous un ciel dégagé, nous voilà soudain pris dans une violente pluie tropicale, la plus intense jusqu’à ce jour, et finissons par trouver refuge dans un « routier » à Las Lajas. Plus local tu meurs. Mais bon, nous y mangeons nos alitas de pollo et notre riz en compagnie de quelques routiers.

La pluie continue, sans décourager l’activité locale : nous doublons une longue procession électorale qui  est composée de pickups et de cowboys à cheval, agitant force drapeaux.
Le temps s’est apaisé lorsque nous arrivions à proximité de Boquete. Là encore changement de décor assez radical. Boquete est perché dans la montagne, à 1600 m d’altitude, et on sent à nouveau, plus encore qu’à El Valle, une certaine opulence. Les maisons prennent des airs de chalet suisse. La région est très montagneuse, et se caractérise par le tourisme, sans doute l’un des lieux touristiques les plus développés du Panama, et par la culture du café.  C’est dans une plantation que nous logeons ce soir, la Finca Lerida, accrochée à flanc de montagne à 10 km de la ville, dans un décor somptueux de fleurs et de nature. 


La réception s’excuse de nous proposer une chambre à un lit. Elle est mignonne et magnifiquement située avec une des meilleures vues de l’hôtel. Mais Jan observant que notre réservation prévoyait deux lits le fait observer au réceptionniste, qui nous propose de déménager dans une suite. Certes, la chambre est deux fois plus grande, offre un jacuzzi que nous n’utiliserons pas, un petit canapé, et une localisation bien moins intéressante, avec vue sur de méchants fils électriques. Nous renonçons à l’upgrade et regagnons notre petite chambre avec vue sur vallée et parterre de fleurs. 


9° journée dimanche  27 avril 2014.
Le séjour à la Finca Lerida sera une pause rafraîchissante. La climatisation ne manque pas dans notre chambre coquette, et nous avons même, le soir à la fraîche, regretté l’impréparation de notre voyage qui nous a fait omettre tout ce qui pouvait ressembler à un pull ou à un gilet. Les autres hôtes du lieu savaient que même sous les tropiques, à plus de 1500 m d’altitude, les soirées sont fraîches.


Comme nous ne sommes pas très loin de la couche nuageuse et que notre équipement est un peu défaillant, nous renonçons aux nombreuses randonnées pédestres possibles dans la région pour nous consacrer à la visite guidée de l’exploitation de café dans laquelle notre hôtel est installé. La visite nous occupe la matinée, tant notre guide est passionné et intarissable sur le sujet. Nous ne sommes pas devenus pour autant des spécialistes, et inutile de préciser que les comparaisons viticoles auxquelles il se livra, sur la dégustation et les multitudes de différences de saveur entre les crus, n’a pas emporté à ce stade notre franche conviction.
L’anglais de notre indien Ngobé Buglé, la tribu qui fournit la main d’œuvre spécialisée dans l’exploitation du café au Panama, est courant, mais assez difficile à suivre. Le public (un couple de belges avec bébé et nous) n’avait qu’à mieux parler espagnol. Au moins ici, ils parlent tous anglais ce qui était loin d’être le cas lors de nos étapes précédentes. Retenons de ses beaux discours que le café est originaire d’Ethiopie, y compris l’arabica, mais qu’il s’est fait volé le nom par les arabes qui sans être producteurs étaient de grands torréfacteurs et consommateurs. Il se cultive en altitude entre 800 et 2 000 mètres, et se récolte en fonction de l’altitude entre avril et octobre lorsque les baies sont rouges.

 La culture, comme dans le vin, s’organise en terroirs, sauf qu’évidemment, le client n’est pas aussi éduqué pour faire la différence.
Une fois récolté, les baies font l’objet de multiples sélections par densité. D’abord dans l’eau. 










On les trie en fonction de trois niveaux de flottaison : les plus lourdes sont les meilleures, les plus légères la moins bonne qualité. Puis on fait sortir le noyau de la baie et on le sèche, après l’avoir lavé ou non. Enfin, on enlève la peau blanchâtre du noyau pour trouver le grain de café, de couleur verdâtre, tel qu’il sera torréfié. 

Nouvelles sélections par densité, mais cette fois par air. On trie les grains dans une soufflerie. 















Comme on est écolo, on utilise la pulpe des baies pour faire du compost, et la peau des grains que l’on fait brûler, pour produire la chaleur que l’on souffle dessus dans des sortes de gros sèche-linge, précisément pour pouvoir enlever la peau. Si on a tout compris. Puis on trie encore les grains verts pour les calibrer, et on finit, pour la meilleure qualité, par un tri manuel pour enlever les cochonneries qui sont restées dedans. 



Enfin voilà en gros si on a bien compris. Le Panama est un petit producteur, mais fait actuellement le meilleur café du monde, le Gaisha, que nous n’avons ni goûté, ni acheté.





Déjeuner pour nous reposer la tête dans une pizzeria recommandée par le guide, découverte après bien des détours, qui nous ont offert de magnifiques paysages et de sympathiques rencontres. Encore une galère pour trouver le « Mirador de la Virgen de la Gruta » que nous n’avons pas trouvé. Seulement le café mirador et nous ne savons toujours pas si ça correspond. 





Retour au calme de la Finca Lerida après une petite visite au centre-ville. Mais exceptionnellement je résiste à la tentation d’une coupe chez le coiffeur local ouvert le dimanche, et la seule agence immobilière du coin n’a aucune affiche en vitrine. A Panama, tout est à vendre partout, mais on ne voit pas une agence immobilière, et pour une fois qu’on en trouve une, pas un prix ! De toute façon, c’est un peu loin. 











10° journée lundi  28 avril 2014.
C’est le départ pour notre dernière étape avant le retour à Panama City : Bocas del Toro. Il nous faut redescendre de la montagne pour repartir vers le Nord et rejoindre la mer des Caraïbes. 
Cette fois-ci, plus de Panamericana à quatre voies, mais la via Boquete qui la rejoint, puis de petites routes transversales où il difficile de se croiser.e erreur d’aiguillage de plus : la route qui mène a Almirante, le port où nous devons laisser la voiture pour embarquer pour l’ile Colon,  dans l’archipel de Bocas del Toro, est indiquée dans le sens de la montée à Boquete, pas de la descente, ce qui nous vaut de revenir en arrière. Petite prolongation d’une dizaine de kilomètres. La bifurcation se trouve à hauteur d’une bourgade au nom charmant : Mata el Francès, dont nous ne connaissons pas l’origine.

Nous nous engageons dans une petite route qui nous découvre un nouveau paysage, décidément, ce pays offre une extraordinaire diversité. C’est très beau. Petite pause pour une photo de vautours qui ressemblent de loin aux vautours à tête noire, sauf que celui-ci est à tête rouge. A défaut d’avoir rencontré le Quetzal à Boquete, nous aurons une déclinaison des vautours panaméens ! 

Nous nous enfonçons dans un des coins les plus paumés que nous ayons traversés, à la lisière du Parque Nacional de la Amistad, classé au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Très beau, très sauvage, mais pas désert. On rencontre régulièrement un troupeau de vaches, un chien qui se prélasse au milieu de la route, phénomène si fréquent ici que l’on a l’impression que les chiens sont les au Panama ce que les vaches sacrées sont  à l’Inde,  on traverse un hameau perdu, sur une route défoncée dont il faut essayer précautionneusement d’éviter les trous, et où et la vitesse moyenne de progression doit tourner autour de 40 km/h. 

Mais peu importe. Nous avons de la marge, et c’est très beau. Comme d’habitude, il faut demander sa route. Mais les gens sont toujours ravis de renseigner. Et les explications sont en général très simples : plus loin, à droite. Avec un détail auquel il faut prendre garde. Les panaméens semblent être très largement atteints de dyslexie, et confondre la droite et la gauche. Mais comme ils parlent en montrant, lorsqu’ils pointent la main gauche en disant « derecha », il faut se méfier et faire préciser l’indication, en général immédiatement corrigée.
Subitement, sans prévenir, au détour d’un virage, la route en jachère fait place à un revêtement flambant neuf qui annonce la prochaine intersection avec la route n° 8, qui va vers le Nord, et nous permettra de monter jusqu’au col à partir duquel s’amorcera la redescente vers la côte Atlantique. Sur ce versant, les pâturages montagnards cèdent la place à forêt vierge dense, d’un vert sombre magnifique, et dans laquelle s’exercent quelques activités de trecking dans la jungle. La route du jour est longue (300 km environ), mais dans des décors somptueux.



Retour à la réalité vers 11h30 avec le début d’une petite inquiétude : midi est l’heure limite de retour de la voiture à l’agence Hertz et nous ne sommes toujours pas en vue d’Almirante. Mais voilà une station-service qui surgit à 12h45. Faisons déjà le plein, et d’après le pompiste, nous sommes tout proches. Comme d’habitude aucun panneau. Nous sommes abordés par un cycliste, puis un deuxième, qui offrent de nous conduire au parking. La voiture de location se repère manifestement facilement. Le chauffeur refuse dignement l’offre de service, se renseigne une fois, deux fois, trois fois, auprès de marins en superbes uniformes blancs qui arpentent les rues. Embarcadère Ferry ou Taxi ? On nous envoie un coup à droite, un coup à gauche, et toujours rien. Un jeune garçon entreprend de nous renseigner, mais le deuxième cycliste le fait fuir, et nous finissons par accepter les services de l’ancien qui brandit une patente de guide officiel. 


Evidemment, tout était introuvable. D’abord l’agence Hertz, en face de l’embarcadère,  n’existe pas. Il nous conduit sur un terrain fermé par une grille. « Leiza Estacionamiento ». Il faut la croire sur parole. C’est elle qui réceptionne les voitures, que les loueurs viennent récupérer chez elle. Après quelques résistances germaniques il faut se rendre à l’évidence. Pas d’autre choix possible.



L’embarcadère est poétique. Une cahute décelable par une inscription peinturlurée qui porte un nom d’agence correspondant à notre billet, et un hangar qui peut accueillir deux canots. C’est bien là.

La traversée vers le village de Bocas sur l’ile colon dure une petite ½ heure au milieu des iles de l’archipel. Et à Bocas, nous débarquons pour la première fois dans quelque chose qui ressemble vraiment à une ville de villégiature. Agences de voyages pour les excursions dans l’archipel, centres de plongée, restaurants, boutiques, touristes, tout y est. Les passagers débarquent du taxi et chacun organise la suite de son voyage. Nous restons en plan. Renseignements pris, une voiture de Punta Caracol, l’hôtel, devrait prendre exactement là où nous sommes. Comme elle tarde un peu, le gars de l’agence de voyage devant le comptoir duquel nous stationnons s’inquiète de notre sort, appelle l’hôtel, confirme que la voiture est en route, et nous fait l’article pour ses circuits dans l’archipel.
La voiture arrive. Une sorte de bétaillère aménagée en style néo woodstock. Il faut déplier l’escalier de bois pour accéder à l’espace « voyageurs », dont les bancs de bois sont agrémentés de petits coussins de couleur, et de publicités accrochées sur les parois latérales. Le transport le plus original de l’ile, dit le chauffeur en français. Détour par l’hôtel de las tortugas pour récupérer des effets oubliés par des clients de Punta Caracol, et départ jusqu’à l’embarcadère de l’hôtel. 
Nouveau canot. 10 minutes de trajet, le long de la côte, avant d’arriver à l’ensemble de cahutes sur pilotis qui constituent notre nouveau point de chute. D’après le guide, dès que l’on est installé dans la « lanja » (le canot) de l’hôtel, c’est l’entrée au paradis. Soit. Le paradis a l’air quand même un peu décrépi, ou plutôt, les toits de palmes des bâtiments que l’on aperçoit de la mer, chaumières locales, sont bien rapiécés.
Le comité d’accueil sur le ponton de la salle de restaurant est parfait. Pantalon casquette bleu marine, polo blanc style lacoste, au sigle de l’hôtel. Tout cela sent la classe. Dans la petite cahute qui abrite la réception, la senorita Pilar, demoiselle d’une bonne soixantaine d’années, nous reçoit de façon charmante, en se fendant même d’un petit couplet en français. 
Elle nous remet le masque et les palmes qui nous sont attribués pour le séjour, nous montre la cahute qui abrite les kayacs mis à notre disposition, et nous explique que nous sommes partout sur de magnifiques coraux qui nous attendent dès la sortie marine de notre bungalow. Pour la recharge des appareils electriques, il faut les apporter au restaurant car dans les chambres, c’est du courant solaire de 12 volts incapable de charger un ordinateur ou un téléphone.


La senorita Pilar nous attribue la PC 2, deuxième bungalow après la suite présidentielle, et nous découvrons le logement, son charme, et sa rusticité. Une cabane en planches montée sur pilotis, avec un petit salon au rez-de-chaussée, et une chambre à l’étage. Pas de fenêtre à la chambre. 




Une ouverture dans le toit de palme occultée par une bâche que l’on nous conseille d’ouvrir pour laisser passer l’air, un lit artisanal, dont le baldaquin supporte une moustiquaire dont les panneaux joints par de ravissants petits lacets laissent sans doute passer toutes les bêtes qui le souhaitent, mais ce n’est pas grave car il n’y a pas de moustiques ici. A l’opposé du ponton d’accès, une petite terrasse avec un escalier qui plonge directement dans la mer. C’est bien le paradis, écologique et naturel. Bienvenue à Punta Caracol.






11° à 13° journées : mardi  29 avril à jeudi  1° mai 2014.
Le luxe de Punta Caracol, c’est la petite taille de l’hôtel, son inaccessibilité, la beauté de ses eaux, et le chaleureux accueil de la senorita Pilar, qui ne doit pas être si demoiselle que cela, puisque son fils Luis l’assiste dans la direction de l’établissement. C’est un paradis diurne.
La nuit, c’est un peu autre chose. C’est là que se paie le prix du phantasme écologique : électricité solaire et éclairage de 12v signifie, pas de climatisation. Et pas de climatisation signifie chaleur étouffante, que le ventilateur a bien du mal à dissiper car l’air qu’il brasse est stoppé par la moustiquaire qui ne filtre pas les insectes mais casse bel et bien la brise artificielle qui ferait tant de bien. Mais surtout, pas de climatisation, c’est la perte du moyen le plus efficace de lutte contre les moustiques.

Je suis jusqu’à présente resté discret sur ce chapitre, mais il est temps de signaler que les moustiques, que nous n’avons jamais vu ou entendu depuis notre arrivée, ont su trouver, eux, le chemin de nos pauvres peaux vulnérables d’européens. Sans y prendre garde, en savourant le calme nocturne de notre terrasse à Portobelo, nous leur avons livré nos mollets en toute candeur. C’est une accusation un peu gratuite, il faut bien le reconnaître, car comme je l’ai dit, nous n’avons jamais vu de moustiques ni constaté aucun flagrant délit. Mais devant les éruptions dont se sont couvertes nos jambes, et les démangeaisons subséquentes, nous avons mené l’enquête, et découvert le chapitre « Moustiques » de nos guides de voyage qui nous avait jusqu’à présent échappé. Il y a forte présomption. Or le constat empirique que nous avons fait est que le venin déposé par les charmants insectes  produit son effet irritant pendant plusieurs jours, et  que la chaleur humide semble stimuler les capacités urticantes des plaies provoquées par ces agresseurs invisibles que la fraîcheur des montagnes et de la climatisation avaient jusque-là rendue plus supportable. Certes, nous avions le secours de la crème apaisante achetée dans une pharmacie d’El Valle où nous avions constaté les dégâts et entrepris de réagir. Mais à Punta Caracol, de nouvelles attaques sur le torse survinrent. Nos nuits y furent moins belles que nos jours. Cela dit, je découvre en écrivant ces lignes que le danger des chitras, en anglais sandflies, puces de sable, qui attaquent de préférence  à la tombée du jour, est particulièrement signalé sur les plages de Bocas del Toro. Nous avions déjà subi ces attaques en Thaïlande, et peut-être que ce sont des chitras de Portobelo qui ont ouvert les hostilités. Nous avons en effet cru constater la présence de deux types d’agressions cliniquement différentes. A approfondir. Ce qui reste mystérieux, c’est que nous avons eu beau scruter avec application les mollets de tous les touristes que nous avons croisés, nous n’avons détecté chez personne la trace d’agressions de l’ampleur de celles dont nous fumes victimes. 
Oublions cette contrariété (qui fut pourtant fort contrariante). 

L’archipel de Bocas del Toro nous offrit beaucoup de satisfactions : promenade à la baie des Dauphins, au Sud de l’ile San Cristobald, découverte dans les mangroves de quelques « Osos perezosos », des singes qui se déplacent par des mouvements très lents et que l’on appelle des ours paresseux, exploration des coraux de la baie (sans bouteiles cette fois, juste le masque et les palmes, l’orage sur la mer,  les petites grenouilles rouges de l’ile de Bastimentos, et la marre aux crocodiles qui est un vivier de petits monstres en puissance, baignade dans les vagues puissantes de la plage des grenouilles. Trois superbes journées au total, dans ce paradis marin. Et lorsque le soleil se couche superbement sur la dernière de ces trois journées, c’est avec le plaisir d’être venu qu’on le contemple, et aussi celui de se dire que c’est la dernière nuit de souffrance qui s’annonce avant le retour à la civilisation, qui n’est pas non plus dépourvue d’attraits.










14° et 15° journées : vendredi   2 mai et samedi 3 mai 2014.
Dernière image de Bocas de Toro et de Punta Caracol qui nous quittons l’après-midi du 1° : le chemin d’accès au ponton d’embarquement pour l’hôtel, côté terre ferme. Le seul intérêt de cette image est de remarquer les barbelés qui bordent la passerelle d’accès au ponton. Ils sont en effet très caractéristiques de Panama, bien que nous n’ayons pas encore eu l’occasion de les évoquer. Très souvent les maisons, dès qu’elles atteignent un certain standing, sont entourées de clôtures surmontées de barbelés. Très souvent, des lotissements regroupent des maisons cossues, assez spacieuses, mais dont chacune dispose de très peu de terrain. Les maisons sont presque collées les unes aux autres, et le lotissement protégé par un mur d’enceinte assez haut, surmonté de barbelés, comme le seraient les murs d’une prison. Nous n’avons jamais trainé dans des quartiers louches, mais jamais éprouvé de sentiment particulier d’insécurité ? Pourtant, ces barbelés, le slogan de l’un des candidats à la Présidence, « Mano fuerte contra el crimen »(une main forte contre le crime), suggèrent que Panama souffre d’un problème de sécurité. Nous en avons relevé un indice insolite sur cette passerelle qui donne accès à une baraque qui sert de buanderie à l’hôtel. 

L’arrivée à Panama City par le Fokker 50 de la Panama Air Line a un côté réjouissant. C’est un peu la fin des vacances mais aussi le retour à la civilisation. Adieu l’aqualodge et les pilotis sur l’eau. Nous emménageons à l’American Trade, un hôtel ouvert depuis moins d’un an dans un ancien grand magasin qui est le bâtiment principal de la place Herrera, au cœur du Casco Viejo, le quartier historique de Panama. 

Le Casco viejo est un quartier dont l’architecture est magnifique et complètement délabrée, comme  le furent le Vieux Lyon ou le centre historique de Bordeaux. Manifestement un vaste mouvement de restauration est lancé, mais n’en est qu’à ses débuts, ce qui donne au quartier une atmosphère très particulière. L’American Trade est le seul bâtiment restauré  de la place Herrera. Il se dresse, superbe et sobre, face à la statue d’Herrera qui orne le centre de la place. La place est construite sur trois côtés. Face à l’Hôtel, un bâtiment qui aurait besoin d’une bonne toilette, et sur troisième côté, un chantier en cours qui devrait laisser voir également une belle bâtisse.
Comme nous ne rejoignons l’aéroport pour Paris que vers 18 h le samedi 3, nous avons deux soirées et deux journées complètes devant nous, qui seront très remplies. Dîner à « Las Clémentinas », tout proche, un autre petit hôtel rénové du Casco Viejo dans lequel nous voulions loger mais qui était plein. Le restaurant est calme car le quartier est bouclé pour cause d’organisation d’un grand meeting électoral avec concert populaire à deux pas, en bord de mer. Bain de foule avant le dîner. Le chaleur est étouffante, mais nous pouvons à table, jouir des plaisir d’une climatisation qui a le mérite de n’être nulle part trop froide. Pour une fois, très bonne cuisine. Nous aurons bien mangé à Panama City.




La matinée du vendredi est consacrée à la visite du Casco Viejo qui nous entoure. Nous en veine et nous cumulons les bonnes fortunes. Nous obtenons les bonnes grâces de la garde du palais présidentiel qui a le pouvoir discrétionnaire d’autoriser les visiteurs à déambuler à l’intérieur du périmètre sécurisé, malgré notre incapacité à produire les passeports que nous n’avions pas sur nous. Mais les visiteurs de Paris… il semble qu’ici, le prestige de la France, même si les français se sont vautrés dans  la construction du Canal,  opère un peu. Une des caractéristiques du palais est d’abriter une fontaine dans son entrée dans laquelle vivent des hérons blancs. Derrière la grille intérieure qui ferme le bâtiment, le garde en grande tenue  nous autorise à regarder, photographier les hérons blancs, au milieu de la déambulation des fonctionnaires et militaires, et se réjouit de savoir que nous venons de Paris.



Puis la cathédrale, la place Bolivar sur laquelle se tient le palais du même nom, ancien couvent qui abrite aujourd’hui le ministère des affaires étrangères, adossé à l’église saint François d’Assise. Il existe dans ce bâtiment une salle Simon Bolivar, ancienne salle capitulaire du couvent, qui a abrité la réunion historique des états d’Amérique latine ralliés par le libérateur en 1826, et qui est aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’humanité. Nous nous introduisons timidement dans le bâtiment, 


et Jan demande avec assurance si l’on peut voir la salle. Notre interlocuteur se met en quête d’un guide, et nous voilà confiés à un jeune fonctionnaire du ministère qui accueille précisément un groupe d’enfants des écoles pour une visite complète et qui nous propose de nous joindre à eux. Cd fut une visite bien instructive et fort agréable par ce mélange de cérémonie et de simplicité bon enfant.


 
L’après-midi, nous prenons un taxi pour aller voir le pont des Amériques, construit en 1963 par les Américains pour traverser le Canal qui coupe le pays en deux, puis nous faire déposer au bout du Causeway, la jetée construite à l’aide des gravats extraits du canal, et qui relie trois petites iles tout en protégeant l’entrée pacifique du canal de l’enlisement par les alluvions. 
Nous arrivons juste après l’orage, et entreprenons de revenir à pied vers la ville. Le but était d’observer le crépuscule et la montée des lumières de la ville moderne depuis le causeway. Nous attendons l’obscurité en contemplant le ballet d’une armée de pélicans qui pêchent avec frénésie dans le jour tombant.





















Le lendemain, les plans sont adaptés à l’heure du départ : le matin, à la fraîche, c’est-à-dire avant qu’il ne fasse 35°, promenade sur la Cinta Costera, large boulevard pris sur la mer, le long duquel s’étalent les gratte ciels de la ville moderne, à l’Est du Casco Viejo. Comme avec le Causeway, nous prenons un taxi jusqu’au multicentro Mall, tout au bout du boulevard, pour revenir à pied  l’hôtel : 6 km. Nous arrivons en nage, mais nous avons fait une magnifique promenade, avec un temps exceptionnellement dégagé. Petite immersion dans la piscine de l’hôtel, qui est davantage 
une baignoire qu’une piscine, mais ça rafraîchit quand même, bouclage des valises, tenue de voyage de retour, déjeuner à l’hôtel, et visite du musée du canal de Panama, place de la cathédrale à deux pas, car c’est climatisé. C’est un musée de conception ancienne mais qui est tranquille, et bien documenté, et constitue une bonne conclusion du séjour. Une remarque cependant. Ce musée a des tendances un peu révisionnistes consistant à gommer le rôle de la France dans l’histoire du canal et à un faire un objet entièrement Américain. Seul rappel, mais il est notable : la présence, dans le hall, d’une magnifique lanterne de phare datant de la phase française, et conçue par Gustave Eiffel. C’est la plus belle pièce du musée.

Adieu Panama.